Monétisation de la cinquième semaine de congés payés, flexibilité contractuelle, révision des arrêts maladie… Dans le prolongement du plan budgétaire 2026, le gouvernement prépare une réforme sensible du droit du travail. Mais face à la controverse, l’exécutif nuance ses intentions et repousse une partie du calendrier à septembre.
Une réforme en deux volets : flexibilité et qualité du travail
Après l’annonce du plan d’économies présenté par François Bayrou le 15 juillet, l’exécutif entend ouvrir un nouveau cycle de réformes en s’attaquant à la « modernisation du marché du travail ». L’objectif : améliorer la performance du système économique tout en adaptant le droit aux nouvelles réalités professionnelles. Mais les premières pistes avancées suscitent déjà de fortes réserves.
Dans les premières esquisses dévoilées par la ministre du Travail, Astrid Panosyan-Bouvet, le gouvernement articule sa réflexion autour de deux axes.
Le premier, largement orienté vers une flexibilisation accrue, comprend plusieurs propositions structurantes :
- Assouplissement des règles de recours aux contrats courts : il s’agirait de permettre aux accords d’entreprise, et non plus uniquement aux accords de branche, de fixer les modalités d’usage du CDD, du CDI de chantier ou du CDI intérimaire ;
- Réduction des délais de contestation des ruptures de contrat : hors cas de harcèlement ou de discrimination, le délai dont dispose un salarié pour saisir les prud’hommes pourrait être raccourci afin de limiter les contentieux et « sécuriser l’embauche » selon les termes du ministère ;
- Monétisation de la cinquième semaine de congés payés : sur le modèle existant de la conversion des RTT, les salariés pourraient se voir offrir la possibilité de « vendre » leur cinquième semaine de congés, sur une base présentée comme strictement volontaire.
Le second axe de la réforme vise à renforcer la qualité de vie au travail. Plusieurs chantiers sont évoqués : lutte contre le temps partiel subi, amélioration des politiques de prévention en santé au travail, baisse des accidents professionnels graves, ou encore représentation renforcée des salariés dans les conseils d’administration.
Monétisation des congés : une proposition déjà fragilisée
C’est pourtant cette dernière mesure, la possibilité de monétiser la cinquième semaine de congés, qui a cristallisé les critiques. Présentée initialement comme une des pistes sérieuses envisagées pour allonger la durée effective du travail, elle a suscité une levée de boucliers de plusieurs syndicats, notamment la CFDT.
Face à la polémique naissante, la ministre du Travail a rapidement nuancé son propos. Le 18 juillet, elle a rappelé que cette mesure n’était qu’une proposition soumise à la discussion : « S’ils veulent l’écarter, ils l’écartent », a-t-elle précisé sur RTL, insistant sur le fait qu’il ne s’agissait en aucun cas d’une suppression de droits, mais d’un « droit nouveau » à la main de chaque salarié.
Le parallèle avec la monétisation des RTT, en vigueur depuis plusieurs années, est mis en avant pour rassurer. Reste que dans certains secteurs à faible pouvoir de négociation, le caractère réellement volontaire d’un tel mécanisme pourrait être mis en question.
Un calendrier repoussé sous pression syndicale
Initialement attendue dès l’été, la lettre de cadrage de la réforme du droit du travail ne sera finalement envoyée qu’en septembre. Cette décision répond à une demande de plusieurs organisations syndicales souhaitant prolonger la phase de concertation préalable.
Le ministère du Travail maintient toutefois son ambition : faire émerger d’ici la fin de l’année 2025 un socle de réformes structurant, inscrit dans une séquence plus large de négociations sociales (assurance chômage, suppression éventuelle de jours fériés, réforme des arrêts maladie). Le calendrier prévisionnel prévoit des discussions jusqu’à la fin de l’année, voire au-delà.
Une réforme sous haute vigilance
Si l’exécutif affiche sa volonté de concilier performance économique et progrès social, la méthode choisie interroge. La centralité du thème du « travailler plus » pourrait fragiliser l’équilibre recherché avec les mesures relatives à la qualité du travail, perçues par certains comme un contrepoids narratif plus que comme un engagement structurant.
Dans ce contexte, le rôle des partenaires sociaux s’annonce déterminant. Leur capacité à peser dans la définition des orientations finales, et à préserver les équilibres du compromis social, sera un test important pour la suite du quinquennat.