Dans le cadre de la préparation du budget 2026, le Premier ministre François Bayrou a annoncé, mardi 15 juillet, une série de mesures destinées à réaliser 40 milliards d’euros d’économies, tout en augmentant l’effort de défense demandé par le président Emmanuel Macron. Parmi les pistes les plus commentées figure une proposition de suppression de deux jours fériés : le lundi de Pâques et le 8 mai.
Le lundi de Pâques et le 8 Mai dans le viseur
Les deux jours fériés évoqués par François Bayrou – le lundi de Pâques et le 8 mai – n’ont pas été choisis au hasard.
Le Premier ministre a qualifié le lundi de Pâques de « jour sans réelle signification religieuse », une affirmation qui risque de susciter le débat, ce jour étant traditionnellement associé à la fête chrétienne de la résurrection, même si son ancrage culturel varie selon les pays européens.
Quant au 8 mai, jour de commémoration de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, sa suppression serait une décision hautement symbolique. Ce jour férié honore la mémoire des combattants et marque la victoire des Alliés – un événement encore commémoré par des cérémonies officielles chaque année. Leur disparition interrogerait donc autant sur le plan historique que sur celui de l’attachement collectif aux repères calendaires. En outre, ces deux dates tombent souvent au printemps, une période déjà ponctuée de ponts, ce qui renforce leur position dans les discussions budgétaires, mais en fait aussi des marqueurs forts du calendrier social français.
Le chef du gouvernement s’est toutefois montré ouvert à d’autres alternatives : « Ce sont des propositions. Je suis prêt à en accepter ou à en examiner d’autres. »
Un précédent : la journée de solidarité instaurée en 2004
Cette initiative s’inscrit dans une logique déjà expérimentée : en 2004, sous Jean-Pierre Raffarin, le lundi de Pentecôte avait été transformé en journée de solidarité non rémunérée pour financer la dépendance, après la canicule de 2003. Le dispositif a ensuite été assoupli : depuis 2008, cette journée peut être récupérée sur d’autres jours fériés ou RTT, à condition d’atteindre 7 heures travaillées.
L’idée de généraliser ce mécanisme revient aujourd’hui sur le devant de la scène.
Un gain estimé à 5 milliards d’euros par an
Selon un rapport sénatorial publié en septembre 2024, la suppression d’un seul jour férié entraînerait une hausse de production équivalente à 2,4 milliards d’euros. En ajoutant deux journées travaillées supplémentaires, l’État pourrait engranger près de 5 milliards d’euros par an.
En complément, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) estime que la journée de solidarité actuelle rapporte déjà 3,5 milliards d’euros annuels, soit 50 milliards cumulés depuis 2004.
Un gain net à relativiser : impact sur la consommation
Mais le bénéfice économique de cette mesure est loin de faire consensus. L’Insee estime qu’un jour férié non travaillé coûte environ 1,5 milliard d’euros à l’économie nationale. Toutefois, comme le rappelle Capital, ces journées stimulent aussi la consommation, notamment dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie-restauration ou du commerce, particulièrement dynamiques lors des ponts du mois de mai.
Le débat reste donc ouvert : entre effort budgétaire et impact sur la qualité de vie et la consommation intérieure, la suppression de jours fériés est autant une décision économique qu’un choix de société.